Jordan / Nouvelle sombre

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Jordan / Nouvelle sombre

Message par Fou le 19/7/2008, 10:25

Colombine n'est pas la seule histoire où une crise d'adolescence a mal tourné.
Je suis moi-même en pleine crise d'adolescence. Entendez par-là que je trouve notre société actuelle merdique et que je crois encore que le monde peut changer.
Si mon discours vous fait rire, alors c'est que vous êtes devenu une merde de plus.
La crise d'adolescence est une recherche de soi-même dans une société qui nous impose d'être quelqu'un d'autre. Vers 18 ans, elle est finie. Mais s'est-on trouver, ou a-t-on simplement abdiqué ?
La majeure partie des suicides adolescents sont bien plus qu'un échec social. Lorsque nous nous suicidons, nous ne disons pas « je suis trop faible pour vivre ici ». Nous disons « ce monde est bien trop pourri pour moi ».
Un adulte qui se moque d'un adolescent rebelle pleure en réalité le fait de ne pas avoir pu l'être lui-même plus longtemps.
Mais il rit aussi car il n'est pas comme lui. L'adolescent a encore de l'espoir. Comme c'est drôle, quelqu'un qui y croit encore.
Et puis, il y a un moment où vous ne parlez même plus de croire. Vous trouvez ça normal. Vous finissez par dire que la vie est ce qu'elle est, et que c'est comme... vouloir faire déborder la mer.
La majorité des adultes ont oublié leur désir de vivre la vie le plus follement possible par peur de mourir. Mort sociale ou réelle.
C'est pour ça que nous allons voir des films de super héros au cinéma. Nous nous mentons en disant que ça n'est qu'une distraction. Nous voyons ce que nous aurions voulu être. Le mouton qui a le courage de sortir du troupeau pour pouvoir être libre, et ressentir parfois la sensation d'un danger de mort pour l'affronter en face et dire « je ne te crains plus, mon désir de vivre est tel que je suis prêt à risquer la mort ».
Un mouton normal dira « mon désir de vivre est tel que je suis prêt à l'oublier pour ne pas risquer la mort ».
Si vos plus profondes pulsions ne vous dirigent plus, alors où est l'intérêt de votre vie ?

Oui. Je hais les gens, ces automates rouillés.
Le monde m'emmerde. Et vice-versa.

Aujourd'hui, je déteste encore plus ce monde qu'hier. J'ai connu un mouton qui est sorti du troupeau. Mais ce ne pas le loup qui l'a tué. C'est le troupeau qui l'a écrasé.
Jordan était mon petit ami, mais avant tout une personne extraordinaire. Il accordé tellement d'importance à sa vie qu'il se baladait toute la journée avec un caméscope et enregistrait quelque chose dès qu'il le voulait. Puis il sélectionnait ses passages préférés le soir, les prenez en coupant la bande magnétique, et les regrouper tous sur une cassette. Il m'avait ainsi laissé voir un jour tout les moments forts sa vie. Oui, pour lui, toute cette cassette était sa vie. Et elle était fantastique. Avez-vous déjà eu le cran de sauter du toit d'un immeuble à un autre ? Il l'avait fait, les deux étaient séparés par cinq mètres de distance du haut de douze étages. Et on comprenait alors que Jordan voulait profiter de sa vie au maximum, et montrer aux hommes ce que c'était que d'écouter ses pulsions, son instinct.
Lorsque la nouvelle technologie, le DVD, apparut, il continua à utiliser une cassette vidéo. Je ne compris pas, mais respecta ce choix.
Hélas, plus le temps passait, moins Jordan me montrait sa rage de vivre. Il faut savoir qu'il n'avait pas de travail, et volait sans arrêt. Il me disait : « comment veux-tu profiter de ta vie en marchant tout droit ? N'as-tu jamais senti comme il est bon de sortir du chemin ? ».
Il avait cinq ans de plus que moi, soit 23 ans. Après de nombreuses poursuites avec la police haletantes et digne d'un blockbuster américain, il avait était arrêté plusieurs fois, et mis en prison deux, trois mois. C'était une chose qu'il ne comprenait pas tellement. Les hommes qui osent vivre sont enfermés.
En revenant dans la vie normale, c'était de plus en plus dur, les gens le critiquaient sans arrêt. Pour lui, c'était certainement les autres les « bandits », ceux qui osaient se mentir à eux-mêmes. Mais qu'importe, on le traitait de « nullité », « pourriture », « honte pour la société ». Tous ces gens pensaient avoir raison de lui dire ça, surtout sa famille. Les gens sont ainsi, pour vous montrer ce qu'ils pensent être le droit chemin, ils vous frappent au lieu de vous tenir par la main. Mais enfin ! Qu'est-ce qui les pousse à ne pas respecter les codes sociaux ces racailles ? La sensation de vivre enfin. Tout simplement.

Mais Jordan cessa de vivre. Je le retrouvai un jour pendu dans sa chambre, pendu par une bande magnétique. Mon premier réflexe ne fut pas de prévenir qui que ce soit, mais de visionner la bande. C'était tout ça. Toutes ces insultes, ces injures, ce rejet. Sa rage de vivre avait finit par disparaître. Oui, ils l'avaient tué. Et je les avais laissé faire.

La peine de mort existe toujours.
Vous pouvez légalement tuer quelqu'un. Dites du mal de lui sans arrêt. Faites comme s'il n'existait plus. Blessez-le.
Nous avons le droit de tuer des gens.
Nous avons le droit.
Nous avons le droit de tuer des gens.
Nous avons le droit.
Nous avons le droit de tuer des gens.

Alors j'ai sorti la cassette de mon magnétoscope, j'ai pris la bande magnétique. Et j'ai décidé de venger Jordan, pour qu'il me pardonne de ne pas l'avoir sauvé. J'ai décidé d'étrangler tous les gens qui se trouvaient sur la vidéo avec la bande. Tous.

Mais je n'étais pas folle.
Non.
Pas folle.
C'était juste mon instinct qui me disait de faire ça. De simples pulsions criminelles.
Tu m'entends Jordan ? Ca y est ! J'écoute mon cœur !
Ca y est ! Je suis libre !
Et j'ai décidé de tuer tous ces salopards qui vivaient sans t'aimer, sans chercher à te comprendre, qui te rejetaient sans arrêt !
Comme mon cœur me dicte de faire !
Libre !
J'ai regardé la liste que j'avais faite des personnes sur la vidéo. J'en avais déjà tué la moitié. La prochaine se nommait :
Lisa Gibson.
Mon nom.
En plein milieu de la vidéo, au milieu de ces insultes incessantes, on me voyait, sourire à l'objectif et dire :
« Je t'aime ».
Pour lui, c'était une insulte. Il pensait que je disais ça pour rire. Oui, il était devenu fou.
Mais moi, je n'étais pas folle.
Je voulais juste venger Jordan.
Il fallait que je me tue.
Je tuerai les autres ensuite.
Je tuerai ma mère ensuite, qui critiquait ma liaison avec lui.
Je tuerai aussi mon père.
Et mon frère, qui aurait forcément fini par dire quelque chose.
Je n'étais pas folle.
Je tuerai les autres après.
J'écoutais juste mon instinct.
J'ai mis la bande autour de mon cou, et j'ai mis les deux extrémités dans mon imprimante.
Et mon souffle s'est coupé.
La bande a serré, de plus en plus fort.
Serré.
Mais elle s'est arrêtée.
Un gendarme venait de débrancher la prise.

Et me voilà ici, maintenant, devant toi, le juge. Tue-moi ! Tue-moi pour tout ce que j'ai fais. Je dois mourir, il le faut !

Mais il refuse de me tuer. Il me dit que la loi l'interdit, et que je passerai donc la moitié de ma vie en prison.
Alors je me libère sauvagement, et je lui bondis dessus.
Je le frappe avec sa chaise, enragée, sans que l'on ne parvienne à m'arrêter.
Pourquoi ?
Pourquoi tu ne me tues pas ?
Ton cœur, tes pulsions, ton instinct, il ne te dit pas de tuer une personne comme moi ?
Pourquoi tu te mens, pourquoi ?
Si tu ne me tues pas pour les meurtres commis, tue-moi alors pour le fait que j'ai laissé Jordan mourir à petit feu sans rien faire ! Parce que j'ai étais comme tous ces personnes qui ne savait pas lui tendre la main, à cet homme qui osait vivre !

Trois gendarmes m'arrache la chaise des mains et m'empêche de bouger.
Le juge lève alors légèrement sa tête ensanglanté. Et pendant qu'on m'emmène, il me répond d'une voix faible.

Oui.

Si l'on tue tous les personnes qui sont coupables de non-assistance à personne en danger, alors demain, il n'y aura plus personne sur Terre.


Dernière édition par Pit le 19/7/2008, 11:48, édité 2 fois

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Re: Jordan / Nouvelle sombre

Message par Lyryana le 19/7/2008, 10:49

Huum, texte très intéressant, très très très intéressant, j'ai beaucoup aimé la problématique du sujet, "Qu'est-ce que vivre réellement après tout".
J'ai bien aimé l'idée d'avoir toujours un camescope pour filmer sa vie lorsque ça nous fait plaisir, même si il y a bien sûr quelques choses sur lesquelles j'aimerais faire un commentaire, bien sûr.
Eh bien, tout d'abord, c'est possible de faire déborder la mer.
Et deuxièmement, le mouton, il est con de sortir du troupeau.
Mais pour ce dernier, tu t'es bien rattrapé en disant que c'est les moutons eux-mêmes qui l'avaient tué, et en dévellopant la suite.

J'ai également apprécié le point de vue de la "meurtrière vengeresse", car j'aime la psychologie des tueurs. En revanche, je le maintiendrais toujours, si tu te suicides, c'est pas la faute des autres, c'est ta faute à toi. Mais par rapport aux autres, tu as exactement repris la sensation qu'on pourrait éprouver, et j'aime beaucoup. Non, franchement, un très bon texte dont j'aimerais bien parler en vrai avec toi, puisque je sens qu'un délicieux débat pourrait sortir d'ici. =)
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